- Les ressortissants roumains bénéficient de la libre circulation des travailleurs au sein de l’UE.
- La Déclaration Préalable à l’Embauche (DPAE) est l’étape juridique la plus critique avant toute prise de poste.
- Le contrat de travail doit impérativement respecter le droit du travail français (Code du Travail).
- L’affiliation à la sécurité sociale française est obligatoire pour les salariés résidant en France.
- Le prélèvement à la source s’applique dès le premier salaire versé.
Le marché du travail français, caractérisé par son dynamisme et sa recherche constante de compétences spécifiques, s’est largement ouvert aux talents européens. Parmi eux, les travailleurs roumains occupent une place de choix, apportant leur expertise dans des secteurs variés tels que le bâtiment, l’ingénierie, la santé ou encore l’industrie. Cependant, embaucher un salarié roumain en France et les formalités qui en découlent peuvent sembler complexes pour un dirigeant de PME ou un responsable des ressources humaines.
Depuis l’intégration complète de la Roumanie dans l’espace de libre circulation, les barrières administratives ont été considérablement réduites, mais la rigueur juridique reste de mise. Cet article se propose de guider les employeurs à travers les méandres administratifs, de la rédaction du contrat à l’affiliation sociale, pour garantir une embauche sereine, légale et mutuellement bénéfique.
Cadre Juridique et Liberté de Circulation des Travailleurs Roumains
La base fondamentale de l’embauche d’un ressortissant roumain réside dans l’appartenance de la Roumanie à l’Union Européenne (UE) depuis le 1er janvier 2007. Si des mesures transitoires ont longtemps restreint l’accès au marché du travail pour ces citoyens, elles ont totalement pris fin le 1er janvier 2014.
Le principe de libre circulation
Aujourd’hui, tout citoyen roumain a le droit de circuler, de séjourner et de travailler en France sans avoir à solliciter une autorisation de travail préalable (sauf cas très particuliers liés à l’ordre public). Ce droit implique l’égalité de traitement avec les travailleurs nationaux. L’embaucher un salarié roumain en France et les formalités associées sont donc simplifiées par l’absence d’obligation de visa de long séjour valant titre de séjour (VLS-TS) pour raisons professionnelles.
Droits fondamentaux et protection
Dès l’instant où il signe un contrat en France, le salarié roumain bénéficie des mêmes droits que tout autre salarié français : salaire minimum (SMIC), durées maximales de travail, congés payés, protection contre la discrimination et accès à la formation professionnelle. Il n’existe aucune distinction légale en termes de hiérarchie des droits entre un salarié né à Lyon ou à Bucarest.
La Déclaration Préalable à l’Embauche (DPAE) : Une Étape Incontournable
Qu’il s’agisse d’un CDD, d’un CDI ou d’un contrat d’apprentissage, la déclaration préalable à l’embauche étranger (ou national) est la première pierre de l’édifice administratif. Elle doit être effectuée auprès de l’URSSAF dans les 8 jours précédant l’embauche.
Pourquoi la DPAE est-elle cruciale ?
La DPAE remplit plusieurs fonctions vitales :
- Elle déclenche l’immatriculation de l’employeur au régime de sécurité sociale s’il s’agit d’une première embauche.
- Elle demande l’immatriculation du salarié à la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie).
- Elle vaut déclaration pour la médecine du travail.
- Elle permet de lutter contre le travail dissimulé, une infraction lourdement sanctionnée en France.
Le cas spécifique du salarié étranger
Lors de la saisie en ligne sur le portail Net-Entreprises, l’employeur doit fournir l’identité complète du salarié. Si le salarié possède déjà un Numéro d’Inscription au Répertoire (NIR), celui-ci doit être renseigné. Dans le cas contraire, c’est la DPAE qui initiera la création de ce numéro auprès de l’INSEE.
« Le défaut de DPAE est passible d’une amende administrative et peut constituer un délit de travail dissimulé, entraînant des sanctions pénales et le remboursement des aides publiques perçues. »
Le Contrat de Travail Roumain en France : Adaptation et Spécificités
Il est fréquent d’entendre parler de contrat de travail roumain en France, mais il convient de distinguer deux situations : le détachement (où le contrat reste soumis au droit roumain avec un « noyau dur » de règles françaises) et l’embauche locale (soumise exclusivement au droit français).
Le principe de territorialité
Lorsqu’une entreprise française recrute un salarié roumain pour travailler durablement sur le territoire national, le contrat est régi par le Code du Travail français. Les clauses du contrat doivent être rédigées en français (c’est une obligation légale selon la loi Toubon), bien qu’une traduction en roumain puisse être fournie pour la bonne compréhension du salarié.
Les mentions obligatoires
Le document doit impérativement préciser :
- La fonction et la qualification professionnelle.
- Le lieu de travail.
- La durée du travail (35 heures hebdomadaires en règle générale).
- Le montant de la rémunération brute (qui ne peut être inférieure au SMIC ou au minimum conventionnel).
- La convention collective applicable à l’entreprise.
Distinction : contrat de travail roumain à la base vs contrat de travail français
Si une entreprise française souhaite recruter un profil talentueux déjà sous contrat en Roumanie, il est préférable de rompre le contrat initial roumain pour signer un nouveau contrat de droit français. Cela évite les conflits de lois et simplifie grandement la gestion de la paie et des cotisations sociales.
Sécurité Sociale et Affiliation du Travailleur Étranger en France
L’affiliation à la sécurité sociale travailleur étranger intérim ou permanent est un droit constitutionnel en France. Tout salarié travaillant sur le sol français doit cotiser et bénéficier de la protection sociale française, sauf cas exceptionnel de détachement temporaire.
La procédure d’immatriculation
Si le salarié roumain n’a jamais travaillé en France, il ne possède pas de « carte Vitale ». L’employeur doit accompagner le salarié dans sa demande de numéro de sécurité sociale définitif. Pour ce faire, plusieurs documents sont requis :
- Une copie d’une pièce d’identité en cours de validité (passeport ou carte nationale roumaine).
- Un acte de naissance original apostillé ou accompagné d’un formulaire plurilingue (pour éviter la traduction assermentée).
- Le contrat de travail ou le premier bulletin de salaire.
Focus : Sécurité Sociale Travailleur Étranger Intérim
Dans le cadre de l’intérim, c’est l’Entreprise de Travail Temporaire (ETT) qui est l’employeur légal. C’est donc elle qui porte la responsabilité de la déclaration et du paiement des cotisations. L’entreprise utilisatrice doit néanmoins vérifier que l’ETT respecte ses obligations, sous peine d’être tenue solidairement responsable en cas de contrôle de l’URSSAF.
| Type de Document | Utilité Administrative | Responsable |
|---|---|---|
| DPAE | Déclaration légale d’embauche | Employeur |
| Formulaire S1 (si applicable) | Maintien droits pays d’origine | Salarié |
| Certificat A1 | Détachement temporaire uniquement | Employeur d’origine |
Les Autorisations de Travail et de Séjour : Un Point d’Attention Clé
Une confusion persiste souvent sur la nécessité pour un Roumain de posséder un titre de séjour. Rappelons avec clarté la règle : en tant que citoyen de l’UE, le travailleur roumain est dispensé de titre de séjour et d’autorisation de travail.
La liberté d’installation
Le salarié a le droit de s’installer en France avec sa famille. Bien qu’elle ne soit pas obligatoire, il peut demander une « carte de séjour citoyen UE » en préfecture s’il souhaite faciliter certaines démarches bancaires ou administratives privées, mais l’employeur ne peut l’exiger pour l’embauche.
Exception pour les ressortissants hors-UE via la Roumanie
Attention : si vous embauchez une personne résidant en Roumanie mais n’ayant pas la nationalité roumaine (ou d’un autre pays de l’UE), les règles changent radicalement. Dans ce cas, une autorisation de travail est impérative, et la procédure est soumise à l’opposabilité de la situation de l’emploi en France.

L’Emploi des Mineurs de Nationalité Roumaine : Cadre Réglementaire Strict
L’embauche de jeunes travailleurs de nationalité roumaine (entre 15 et 18 ans) est possible, notamment dans le cadre de l’apprentissage ou de jobs d’été, mais elle est encadrée par des garde-fous stricts visant à protéger leur santé et leur éducation.
Autorisation parentale et scolarité
L’employeur doit obtenir l’autorisation écrite des représentants légaux. En France, l’instruction est obligatoire jusqu’à 16 ans. Un mineur roumain de moins de 16 ans ne peut être embauché que pendant les vacances scolaires (sous conditions) ou en cas de formation en alternance spécifique.
Travaux interdits et temps de travail
Les mineurs ne peuvent effectuer de travaux dangereux (exposition à des substances chimiques, ports de charges lourdes dépassant les limites légales). De plus, le travail de nuit est strictement interdit entre 22h et 6h pour les mineurs de 16 à 18 ans, et entre 20h et 6h pour ceux de moins de 16 ans.
Logement et Hébergement : Aspects Pratiques et Obligation de l’Employeur
L’aspect logistique est souvent le frein majeur à l’intégration réussie d’un salarié arrivant de Bucarest, Cluj ou Iași. Si la loi n’oblige pas systématiquement l’employeur à fournir un logement, la réalité du marché immobilier français rend souvent cet accompagnement nécessaire.
L’obligation de logement décent
Si l’employeur choisit de fournir un hébergement, celui-ci doit répondre aux normes de décence (surface minimale, accès à l’eau, chauffage). Dans certains secteurs comme le bâtiment ou l’agriculture, des conventions collectives peuvent imposer des conditions spécifiques de prise en charge du logement.
Avantages en nature et fiscalité
Le logement fourni par l’entreprise est considéré comme un avantage en nature. Il doit apparaître sur le bulletin de paie et est soumis aux cotisations sociales ainsi qu’à l’impôt sur le revenu. Il est conseillé de rédiger une convention d’occupation précaire ou un bail spécifique pour clarifier la situation juridique entre l’occupation du logement et la durée du contrat de travail.
Aspects Fiscaux et Prélèvement à la Source pour les Salariés Roumains
Depuis 2019, la France applique le prélèvement à la source (PAS) pour l’impôt sur le revenu. Le salarié roumain y est soumis dès son premier euro gagné sur le territoire français.
Détermination du taux
Lors de la première embauche, le salarié n’a pas de taux personnalisé transmis par l’administration fiscale (DGFiP). L’employeur doit alors appliquer le taux neutre (ou taux non personnalisé), basé uniquement sur le montant de la rémunération mensuelle. Ce taux est souvent moins avantageux au départ, mais une régularisation intervient après la première déclaration de revenus annuelle.
La convention fiscale franco-roumaine
Une convention existe pour éviter la double imposition. En règle générale, les revenus d’activité sont imposés dans le pays où l’activité est exercée (la France). Il est important que le salarié informe l’administration fiscale roumaine de son départ pour clarifier sa résidence fiscale.
Accompagnement et Intégration du Salarié Roumain
Réussir l’embauche d’un salarié roumain en France et les formalités de gestion ne s’arrête pas à la signature des documents. L’intégration humaine est le facteur clé de la fidélisation.
Barrière de la langue et formation
Investir dans des cours de Français Langue Étrangère (FLE) est un calcul gagnant pour l’employeur. Cela améliore la sécurité au travail (compréhension des consignes) et facilite la communication au sein de l’équipe.
Accompagnement administratif social
Le système français peut être déroutant. Proposer un « pack d’accueil » expliquant comment ouvrir un compte bancaire, comment fonctionne la mutuelle d’entreprise obligatoirement proposée par l’employeur, ou comment s’inscrire à la CAF pour les allocations familiales, est un levier puissant d’engagement.

Conclusion
Embaucher un salarié roumain en France est une opportunité stratégique pour pallier les pénuries de main-d’œuvre et enrichir les compétences internes. Si le cadre de l’Union Européenne facilite grandement la libre circulation, l’employeur français reste tenu à une rigueur administrative exemplaire. De la déclaration préalable à l’embauche étranger au respect scrupuleux du contrat de travail de droit commun, chaque étape garantit la sécurité juridique de l’entreprise et la protection sociale du travailleur.
L’anticipation est la clé : préparer le numéro de sécurité sociale, anticiper les problématiques de logement et assurer une intégration culturelle fluide transformeront une simple formalité administrative en un succès humain et productif à long terme.
FAQ : Questions Fréquentes
Un salarié roumain a-t-il besoin d’un permis de travail en 2024 ?
Non, les citoyens roumains disposent d’un accès libre et total au marché de l’emploi français sans aucune autorisation de travail spécifique.
Peut-on rédiger le contrat uniquement en roumain ?
Non, pour être valable devant un tribunal français et respecter la loi Toubon, le contrat doit être rédigé en français. Une traduction peut être jointe.
Comment faire si le salarié n’a pas encore de numéro de sécurité sociale ?
L’employeur doit réaliser la DPAE normalement. L’URSSAF et la CPAM traiteront ensuite la demande d’immatriculation sur présentation des pièces d’identité et d’état civil du salarié.
Quelles sont les sanctions en cas d’absence de DPAE ?
L’omission de la DPAE est une faute grave passible d’une amende de 300 fois le taux horaire du minimum garanti, sans compter les risques de poursuites pour travail dissimulé.
Le salaire peut-il être versé sur un compte bancaire roumain ?
Oui, techniquement, grâce au système SEPA, un virement peut être fait sur un compte en Roumanie. Cependant, pour faciliter la vie quotidienne du salarié en France, l’ouverture d’un compte français est vivement recommandée.
